Le vernissage

2014

Je m’éveille avec vous, en Ardèche, dans cette église, en cet ici ailleurs.
Je viens de naître, je n’ai pas d’âge, je suis intemporel. Je suis un, une et multiple.

Je suis Le Labyrinthe de la Folie.

Sombre et lumineux, cohérent dans mes décalages, fidèle à ma fantaisie plastique, je suis un ensemble de grains. Grains de folie. Grains de beauté. Un de ces grains qu’on redoute en mer parce qu’ils font peur, mais qu’on recherche aussi parce qu’ils nous apprennent, ou nous rappellent, que nous sommes vivants.
Je suis un grain qui est une graine, à semer en chacun d’entre vous.
J’espère vous dépayser. Vous désarçonner. Vous chambouler. Et vous emmener hors des chemins battus. « Je est un autre », disait Arthur Rimbaud, le poète voyant, et Je suis Votre miroir.

A l’intérieur de moi, les être qui peuplent mes alcôves sont mes enfants autant que mes géniteurs. Leurs œuvres sont mon corps, mon corps est leur œuvre. On naît parfois de ses enfants qui nous offrent un autre regard sur un monde qu’on croyait certain, immuable et figé.
Je vous invite à partager cette expérience étrangère et découvrir ces regards à travers mes méandres insolites.
Les œuvres que vous allez rencontrer en me visitant sont des sentiers à explorer pour sonder cette bizarrerie qu’est (entre autre ? entre je est un autre ?) la condition humaine. Elles empruntent des supports, des matières, des langages variés : peinture, sculpture, dessin, céramique, assemblage, modelage, récup’, tatouage, ou graff. Toile, bois, pierre, métal, peau, plâtre, tissu…
Elles interrogent, expriment, explorent le temps, l’espace, l’ombre et la lumière. L’expression d’un visage, un corps en mouvement, une liberté entravée, accessible ou inaccessible. Elles sont une nature morte, un mort-vivant, une craquelure, une illumination. Elles sont nos questions sur la fragilité, l’aléatoire, l’éphémère, la mémoire et le doute, nos schizophrénies.
L’enfance, le féminin, la nature, nos dualités. Rêve intime, contrastes, existences et existentiel. Elles sont le spectacle de nos fantasmagories singulières et familières. Elles surgissent d’une folie, d’une création, d’une recréation, d’une récréation, d’un amusement. D’une provocation, d’une rigueur, et d’une douleur parfois, d’une solitude la nuit en hiver. Elles sont parfois une insulte ou un hommage.

L’Histoire nous a appris que lorsqu’on cherche à sélectionner l’Art, à bannir celui qu’on juge dégénéré parce qu’il ne répond pas à une norme, on sélectionne aussi l’Homme. On en connaît malheureusement les dérives.
Qu’on ne tombe pas dans le piège. Si la folie perturbe, elle est aussi salvatrice, dans son expression plastique, entre je est un autre, pour le créateur comme le spectateur, parce qu’elle est humaine. Et parce qu’elle est notre liberté.
Dans une époque inquiétante, moi, le Labyrinthe de la Folie, j’espère vous faire partager cette liberté : celle d’être bouleversé, intrigué, choqué, indigné peut-être. Celle de renouer avec ses émotions, de retrouver un regard et, en étant spectateur, de se réinventer.

Un autre poète voyant, qu’on a interdit mais qui nous émeut encore, a dit :
« Garde tes songes. Les sages n’en ont pas d’aussi beaux que les fous »
C’est le Baudelaire des Fleurs du Mal.

Belle visite à tous dans mes fleurs folles.

Un grand merci à Estelle Girel qui a donné la parole au Labyrinthe…

Expo Le Labyrinthe de la Folie

Vernissage de l’exposition « Le Labyrinthe de la Folie », le samedi 6 septembre 2014, à Notre-Dame de Prévenchères (Montpezat-sous-Bauzon, 07).

Texte écrit et prononcé par Estelle.

Musique : DrNo, The little Woodstock (extrait de « the Yellow EP », www.drno.fr)

Vidéo réalisée par Jam.